Chers amis,
Avant de partir je me suis demandée : "comment mon corps va accepter le changement de climat? En effet, je souffre – il fait très chaud, mais l'humidité que je
craignais tant, ne m'affecte pas trop pour le moment… Pourquoi suis-je partie ? Oh ! Si seulement j'étais restée en Alsace – tout me manque – comment aller jusqu'au bout de ces 3 mois…
Voilà ce que j'aurais envie de vous écrire à certains moments. Mais comme je dois être raisonnable et comme l'enfant de Dieu ne doit pas se plaindre ni murmurer…
Je vais vous livrer mes premières impressions qui ne sont pas celles de Joseph qui vit les choses différemment. Nous sommes bien arrivés, bien accueillis, bien
logés (ou à peu près).
Depuis notre départ de Guebwiller direction Colmar, grâce au bon service de notre frère Claude, tout s'est bien passé. A Strasbourg, quel accueil de notre sœur
Marie Anna qui nous fait visiter le marché de Noël autour de la cathédrale. Le lendemain, nous nous retrouvons sous des palmiers en Afrique…
Dans l'avion, entourés presque que d'Ivoiriens – quelle ambiance ! Quand différentes tribus africaines se rencontrent (même dans un avion) : ça bouge, ça
rit, ça s'amuse. Tout à coup, un groupe se lève, en plein vol, pour se saluer ou même pour se quereller. Et cela à haute voix ! Je crains que l'avion ne bascule. Je suis bien contente
lorsque le pilote annonce des turbulences et demande à chacun de s'asseoir et de s'attacher.
Avant l'arrivée, nous commençons à changer petit à petit nos vêtements (préparés d'avance). Quel tohu-bohu à l'aéroport ! Tous les aéroports en Afrique se
ressemblent… Un porteur fort et sympathique (un véritable Hercule) s'occupe de nos bagages. Nos valises, toujours trop lourdes à cause des cadeaux, des livres etc., ne sont pour lui que des
boîtes d'allumettes… Joseph s'éloigne pour voir si nos amis nous attendent. A ce moment, mon Hercule me souffle à l'oreille : "Je veux 100 € pour mon service…" J'en ai le souffle coupé !
Mais comme je connais l'Afrique depuis plus de 20 ans, je ne suis nullement troublée et j'attends la suite des événements… Une 2 e fois : "Maman, je veux 100 €". Puis nous
passons à travers les différents contrôles. Voici Joseph m'attend avec nos 2 amis pasteurs et un docteur. Chacun avec sa petite escorte de 3 ou 4 personnes (épouse, sœur, fils, fille,
chauffeur…).
Commence alors une discussion vive au sujet de ces 100 €… Le docteur traite de voleur et de bandit mon Hercule ; et lui dit qu'il va l'emmener à la Gendarmerie.
Puis me prend par la main pour m'éloigner. Tout à coup tout le monde crie, tout le monde s'agite. Même ceux qui ne sont pas concernés. Mais mon Hercule insiste. Un pasteur pose sa main sur sa
tête en la secouant et lui dit de se repentir…
Pour ne pas être trop longue… car ça a pris du temps ; un pasteur lui donne le prix correct : l'équivalent de 2 €. Il l'accepte avec mépris. Lorsqu'il apprend
que nous sommes des Serviteurs de l'Eternel, il nous demande pardon en s'inclinant. Puis, tout le monde s'en va. Tout cela m'a fait beaucoup rire… et je ris encore en vous écrivant…
Enfin 2 jours de calme et de repos à la maison ! Il faut se retrouver, s'organiser, connaître les environs. Dans la chambre à coucher, un vieux climatiseur
ronronne allègrement. Mais grâce aux boulles Quies, on arrive à dormir. Une des premières visiteuses : une petit souris dans la mini-cuisine. En dehors de cela, il n'y a pas d'insecte à part
quelques rampants...
Le pasteur et son épouse nous invitent chez eux. Ensemble, nous faisons les premières commissions. La maman pasteur me confie : "Papa (Joseph) m'a parlé de
toi et de ton enseignement sur la valeur des enfants. Je veux beaucoup apprendre et "téter" chez toi… (expression afric.).
Comme dans différents autres pays d'Afrique, Joseph est invité à prêcher, le dimanche matin, sur la dîme et l'offrande. Abraham et Jacob, puis les chrétiens de
Macédoine dans 2 Cor. 8, 1-5 orientent le message. A la fin, le Pasteur demande à Joseph de continuer encore 30 minutes... A l'appel de se repentir pour ceux qui ont volé le Seigneur en
étant infidèles quant à la dîme… Presque toute l'église se lève. Chacun demande à haute voix pardon au Seigneur en levant les mains vers le Dieu miséricordieux…
Aujourd'hui, lundi 10, nous irons nous inscrire auprès de nos Ambassades (obligatoire pour notre durée).
Merci pour vos réactions suite à mes premières impressions dès notre arrivée en Côte d'Ivoire ! En voici deux : Dan. " J'ai lu hier le compte rendu de Ilse ; oui
j'ai bien ri !! avec les péripéties de votre arrivée."Et Gr. "Nous avons reçu vos nouvelles d'Abidjan, style journalistique, humours spéciaux, franchement ça fait rire.
Ces échos m'ont encouragée ! Il est vrai, les Africains peuvent être très comiques. Ils sont si naturels, spontanés et très serviables (surtout les vrais convertis).
L'autre côté existe aussi comme partout d'ailleurs.
Au sujet du vécu dans l'avion et avec mon Hercule à l'aéroport, notre ami rwandais Gratien nous téléphone de Belgique. "Il n'y a qu'un africain qui peut vraiment
comprendre ce que vous avez vécu en arrivant en Afrique! " Il n'arrête pas de rire car il sait de quoi il parle. Avec sa femme Alice, ils ont toujours été parmi les fidèles qui nous ont parfois
attendus pendant des heures à l'aéroport de Cotonou au Bénin = retard de l'avion.
Le 16, le pasteur Adama d'une église proche invite Joseph à donner le message lors des deux cultes successifs. Deux étages avec des centaines d'auditeurs ne
suffisent pas. Deux télé sont installées à l'extérieur. Joseph est maintenant comme un aigle en plein vol ! Il ne se lasse ni se fatigue. Quand il prêche, il peut prendre tout son temps. Il a
toute la liberté. Personne ne regarde la montre. L'Esprit souffle quand il veut et où il veut. Comme l'assemblée le suit attentivement et activement ! C'est comme cela que j'aime Joseph.
J'assiste à toutes ses prédications et ne me fatigue pas de l'écouter. Il est entier : ni plaisanterie ni compromis. Invité à nouveau, ce 23, il donnera le message sur la personne de Jésus Christ
aux deux cultes. Il en profite toujours pour parler de mon enseignement : "comment accompagner positivement les enfants dans leur éducation et quels sont les 7 besoins fondamentaux de l'enfant".
Comme les appels à la conversion sont systématiques, les églises débordent.
Les invitations à l'enseignement ne manquent pas mais d'abord - place aux Fêtes. "Après les fêtes, après les fêtes" disent-ils. Toute l'année, ils travaillent pour
se permettre de célébrer les Fêtes de fin d'Année. Pour ceux qui, peut-être, n'ont jamais eu une poule dans leur assiette durant l'année, la voici bien grillée... Pour les "mal habillés"
ordinairement, voyez les comme ils sont bien endimanchés et bien chaussés, en route sur le chemin de l'église.
Et pour nous ? Nous voici bien acceptés dans la grande famille des africains. Ils perçoivent si bien et si vite ceux qui les aiment. Nous ne sommes pas "des
personnes âgées", mais Papa et Maman, les "Vieux" que l'on respecte. Le mot "vieux" n'est ni péjoratif ni rabaissant. C'est celui qu'on écoute et à qui l'on demande conseil.
Le 19, c'était la fête des musulmans mais pas celle du bouc ou de la brebis (!) car sur le gril en souvenir d'Abraham prêt à offrir à Dieu son fils. Même certains
chrétiens partagent leurs fêtes car tout est fermé. A Noël, c'est le contraire on s'entend.
A la veille des fêtes de Noël, nous vous envoyons nos veux les plus chaleureux pour un Noël rempli de la joie et de
l'émerveillement de la venue de notre Sauveur Jésus-Christ.
Et à l'aube de la Nouvelle Année , nous vous disons "Bonne et heureuse année" par Sa présence en vous !
Déjà 3 abondantes pluies, inhabituelles pour le mois de décembre, est-il dit, avec orages et tonnerres fracassants. Mais la chaleur humide revient vite. Ne parlons
pas de chaleur... Le sauna est garanti et gratuit – à chaque moment et tous les jours.
Sujets de prières :
- Que nos amis Gratien et Alice (rwandais) reçoivent leur statut de réfugiés en Belgique.
- Pour notre protection quotidienne à pied, en voiture, en taxi.
Belle phrase de Oswald Chambers: "Seules les âmes fidèles croient que Dieu dirige lui-même les circonstances de leur vie".
Nous remercions Dieu pour vous, pour votre amitié, pour votre appui et votre soutien.
"Et la Parole a été faite chair, et elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité…"
Les Fêtes finies, la vie reprend son rythme normal.
La veillée de Noël, nous le vivons dans l'église toute proche de chez nous. Ce n'est pas la "douce nuit, sainte nuit" ni "stille Nacht, heilige
Nacht". Mais une soirée/nuit très animée, très vibrante avec des instruments de musique moderne. Le tempérament des africains est "imbattable". Par crainte de trop me fatiguer, je n'ose pas
assister au Réveillon… Couchés comme d'habitude, la nouvelle année voit le jour sans nous.
Le Docteur Emmanuel (gynécologue) nous invite pour le repas de Noël dans sa famille. Connu avec son épouse, en Juillet dernier, lors du séminaire
donné par Joseph à Bruxelles. Spontanément, ils nous invitent à les contacter dès notre arrivée à Abidjan. Grâce à lui, nous sommes logés dans une mini-maisonnette. Le jour du Nouvel An, avec sa
famille, nous le vivons au bord de la mer. L'océan est toujours très agité. Il est méchant, dit-on, et fait peur à beaucoup.
Les invitations des églises ne manquent pas. Les visiteurs ou étrangers ont toujours la priorité. Sans hésiter, pour les écouter, ils modifient leur
programme longtemps établi d'avance.
Chaque dimanche Joseph donne le message (parfois 2 fois) ; différents séminaires (5 jours en général) sur le retour de Jésus, Israel et autres sujets.
Trois soirées par semaine, je partage la Parole avec les Mamans : l'éducation des enfants. Puis enseigne les familles (ensemble avec Joseph) - sur l'importance que Dieu donne aux soins des
enfants (Deut. 6 – 9) et Matth. 18, 1 – 11). Et développe en Matthieu les verbes : recevoir– scandaliser – mépriser les enfants. Elles souhaitent particulièrement connaître cette relation
anges-enfants. Très attentives, leurs questions sont parfois très pertinentes. Le temps ne compte pas.
L'église du Pasteur Emmanuel est à 45 mn de chez nous. Au sol, du sable, toiture de tôles cassées, morceaux de planches en guise de murs. Peut-être
certains parmi vous n'oseraient pas rentrer ; d'autres feraient demi-tour. Avec peine nous réussissons à tenir quelques heures. Les quelques ventilateurs ne suffisent pas pour garder sèche la
chemise de Joseph. Pendant la prédication, elle est toujours mouillée de sueur. De retour à la maison, une bonne douche est appréciée.
A la fin du culte, le Pasteur lance quelques avertissements : "Jeunes filles, je ne veux pas vous voir avec des jupes au-dessus du genou dans mon
église. Je vous mettrai toutes nues, devant tous, puisque vous voulez être vues". Il reprend "... je ne veux pas". Et toute l'assemblée répète "je ne veux pas". Puis si vos vêtement montrent
nombril ou seins, j'y mettrai du sable dedans". Il ramasse du sable sous ses pieds et redit :"j'y mettrai du sable dedans". Toute l'assemblée répète "j'y mettrai du sable dedans"…
Il y a aussi des sidéens qui vivent dans l'église. Après quelques médicaments, ils attendent la guérison par les jeûnes et prières. La jeune Patricia
, extrêmement maigre, mais toujours belle, vit lentement, parmi d'autres, son rétablissement. Je quitte ma place et m'assois à son côté. Mon bras autour de son épaule, elle me regarde et sourit.
Au départ, je lui laisse mon foulard. Beaucoup de femmes couvrent leur tête pendant le culte. Elle n'en a pas. Ses yeux m'accompagnent jusqu'à la sortie. Apporter un peu de consolation et de
compassion, c'est beaucoup pour ces chrétiens dans la misère. "Jésus était ému de compassion…". Thème que Joseph aime aussi prêcher.
Dans la 2° église (1 millier de chrétiens au culte), qualité du Pasteur Adama : sa bonté. C'est son don. Sensible et compatissant, généreux et
serviable, il prend bien soin de notre séjour ! Après les deux prédications du dimanche de Joseph, il nous invite à partager le repas dans sa famille. L'entendre parler de sa conversion de
l'islam au christianisme est touchant.
Combien vos bons vœux, bonnes pensées, signes d'affection et d'amour nous touchent ! Une joie particulière : reçu une série de dessins/photos, avec
musique - thème : "Nos hivers d'autrefois". Des enfants font de la luge dans la neige ; s'amusent avec le bonhomme de neige etc. – (comme moi, autrefois).
Notre santé va (encore) bien… à part une attaque de paludisme (nous deux), efficacement traité car en son début.
Proverbes africains qui montrent la valeur des Vieux : "Une vielle marmite fait de bonnes sauces.." et "Un Vieux assis voit plus loin qu'un jeune
debout".
Belle phrase de Spurgeon : "Le Seigneur se charge de notre fardeau tout entier et subvient complètement à nos besoins."
Je t'aiderai Es 41,14.
Fraternellement vos Ilse et Joseph